Il faut aimer
Written 1775-01-01 - 1806-01-01
Vous qui de l'amoureuse ivresse
Fuyez la loi,
Approchez-vous, belle jeunesse,
Écoutez-moi.
Votre cœur a beau se défendre
De s'enflammer ;
Le moment vient, il faut se rendre,
Il faut aimer.
Hier, au bois, ma chère Annette
Prenait le frais :
Elle chantait sur sa musette,
N'aimons jamais.
M'approchant alors par derrière
Sans me nommer,
Je dis : vous vous trompez, ma chère,
Il faut aimer.
En rougissant la pastourelle
Me répondit :
D'amour la flèche est trop cruelle,
On me l'a dit.
A treize ans le cœur est trop tendre
Pour s'enflammer :
C'est à vingt ans qu'il faut attendre
Pour mieux aimer.
Lors je lui dis : La beauté passe
Comme une fleur ;
Un souffle, bien souvent l'efface,
Dans sa fraîcheur ;
Rien ne peut, quand elle est flétrie,
La ranimer :
C'est quand on est jeune et jolie
Qu'il faut aimer.
Belle amie, à si douce atteinte
Cédez un peu :
Cet amour dont vous avez crainte
N'est rien qu'un jeu.
Annette soupire et commence
A s'alarmer.
Mais ses yeux avaient dit d'avance,
Il faut aimer.
L'air était frais, l'instant propice,
Le bois touffu,
Annette fuit, le pied lui glisse
Tout est perdu.
L'Amour, la couvrant de son aile,
Put l'animer :
Hélas ! je vois trop, lui dit-elle,
Qu'il faut aimer.
Les oiseaux, témoins de l'affaire,
Se baisaient mieux ;
L'onde, plus tard qu'à l'ordinaire,
Quittait ces lieux ;
Les roses s'empressaient d'éclore
Pour embaumer,
Et l'écho répétait encore,
Il faut aimer.