Il sera prêtre !

By Jean Baptiste Caouette

Written 1892-01-01 - 1892-01-01

C'était un beau matin. Les cloches de l'église

Mêlaient joyeusement aux accords de la brise

Leurs sons harmonieux ;

Le peuple agenouillé dans notre basilique,

Adressait en son cœur une douce supplique

Au Monarque des cieux.

A l'autel se tenaient douze jeunes lévites

Venus pour dire au monde, aux plaisirs illicites

Un éternel adieu ;

Leurs lèvres murmuraient d'ineffables prières

Et des larmes d'amour nageaient sous leurs paupières

Quand ils firent le vœu.

Que c'est donc merveilleux cette cérémonie !

Quel cachet de grandeur, de sainte poésie

Ne contient-elle pas ?

Et ces fils d'Adam, nés comme nous dans les larmes,

Livreront à satan et ses compagnons d'armes

Des valeureux combats !

Quelle langue pourrait, ô noble et digne femme !

Exprimer le bonheur dont fut pleine votre âme

Au « vœu » de votre enfant ?

Ah ! vous étiez heureuse au delà de tout rêve,

Car l'évêque sacrait, ô pauvre fille d'Ève,

Le sang de votre sang !

Oui, vous étiez heureuse, ô bonne et tendre mère,

Plus que si des honneurs la couronne éphémère

Eût ceint ce front aimé ;

Heureuse jusqu'au point de croire que Dieu même

N'avait jamais offert de plus beau diadème

En son ciel embaumé.

Réjouissez-vous bien, naïve et sainte femme !

Exaltez cet enfant que l'Église proclame

Un dévoué pasteur ;

Contemplez son regard où la pureté brille,

Son front calme et serein où la grâce scintille,

Ses traits pleins de douceur !

Vous l'aimiez !… Cependant lorsqu'il vous fit connaître

Que le ciel l'appelait à devenir un prêtre,

L'ami des malheureux,

Alors vous avez dit, avec le saint prophète ;

« Que votre volonté, verbe divin soit faite

Ici-bas comme aux cieux ! »

Il sera prêtre ! Ainsi, joyeux, il abandonne

Les passagers plaisirs auxquels l'homme s'adonne,

Et qui font son malheur ;

Il quitte sans regret amis, parents richesses ;

Son cœur ‒ brûlant foyer des pures allégresses ‒

Palpite avec ardeur !

Ses mains que vous pressiez jadis avec tendresse,

Toucheront désormais, durant la sainte messe,

Le corps, le sang de Dieu ;

Ses pieds qu'avec amour vous baisiez dans les langes

Serviront à porter l'auguste pains des anges

Aux mortels, en tout lieu !

Femme, vous n'aurez pas l'orgueil d'être grand'mère,

Mais votre fils unique aura, sur cette terre,

Une postérité :

Elle renfermera le grand, le prolétaire ;

Le vieillard et l'enfant le nommeront « mon père »,

L'œil brillant de fierté.

Il sera prêtre ! Aussi que de brebis errantes

Reprendront sous ses soins, heureuses, repentantes,

La route du bercail ;

Et que de malheureux, guidés par sa parole,

A son exemple, iront, de l'Équateur au Pôle,

Achever son travail !

Nouveau Vincent de Paul, cet homme charitable

Pressera sur son sein le pauvre misérable,

Abandonné de tous ;

Il lui prodiguera les plus grandes tendresses,

Et ce pauvre, touché, contera ses faiblesses

En tombant à genoux !

Puis, lorsque les méchants, le cœur rempli de rage

Maudiront, saliront de leur ignoble outrage

L'apôtre du Seigneur,

Alors cet homme saint sentira dans son âme

Un amour plus ardent, une plus vive flamme

Pour le faible pécheur ?

Il est consacré prêtre ! Et vous, sa bonne mère,

Vous goûtez ardemment sa parole sincère,

Pleine d'émotion.

Vous assistez tremblante, à la première messe

De ce fils qui vous donne ‒ ô sublime caresse ! ‒

Sa bénédiction…

Femme, allez maintenant à vos œuvres pieuses,

Et lorsque sonneront les heures douloureuses,

Pensez à votre enfant ;

Pensez aux doux bienfaits qu'il sème sur la terre :

Ce souvenir sera le baume salutaire

De votre cœur souffrant