Ils disent…

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1920-01-01 - 1920-01-01

Ils disent : « Tout le monde, après tout, perd sa mère

Ce n'est pas extraordinaire. »

Et, devant le regard de leur banalité,

On songe : « Oui !… Formalité. »

Ainsi donc il n'est pas d'éternelle épouvante

Au fond de votre âme vivante ?

Vos mères, lorsque l'âge a raidi leurs genoux,

Sont mortes aussi devant vous ?

Ce n'est sans doute pas pour nous la même chose

— Frêle, humble et jolie, une rose,

Rose toujours cachée et toujours parfumant,

Voilà ce qu'elle était, maman

Rougissante d'avoir en elle tous les doutes,

Elle était notre enfant à toutes,

Et, chacune de nous, l'aimant à sa façon,

Lui faisait, je crois, la leçon

Si petite au milieu de tant de grandes filles

Qui recommençaient des familles,

On n'aura jamais su le fond mystérieux

De son regard aux larges yeux

Intimidée et douce, un peu froide, humble et bonne,

Était-ce une grande personne ?

Quant à moi, je sais bien comme mon cœur se fend,

Et que j'ai perdu mon enfant.