Imité du chinois

By Louis Bouilhet

Written 1869-01-01 - 1869-01-01

Sous des déguisements divers,

Plâtre ou fard, selon ton envie,

Masque tes moeurs, cache ta vie,

Sois honnête homme, en fait de vers !

Un seul beau vers est une source

Qui, dans les siècles, coulera.

Dix ans, peut-être, on pleurera

Quelques mots trop prompts à la course.

La strophe aux gracieux dessins,

Où l'oeil, en vain, cherche une faute,

N'est pas d'une valeur moins haute

Que la relique de nos saints.

Mais aussi, point de flatteries

Pour l'inepte ou le maladroit !

Le pur lettré seul a le droit

D'en arranger les broderies.

Tout poëme perd ses appas

Dans les bassesses du parlage.

Si nous traversons un village,

Causons-y, ‒ mais n'y chantons pas !