Improvisée à la grande-chartreuse

By Alphonse Lamartine

Written 1823-01-01 - 1823-01-01

Jéhovah de la terre a consacré les cimes ;

Elles sont de ses pas le divin marchepied ;

C’est là qu’environné de ses foudres sublimes

Il vole, il descend, il s’assied.

Sina, l’Olympe même, en conservent la trace :

L’Oreb, en tressaillant, s’inclina sous ses pas ;

Thor entendit sa voix, Gelboé vit sa face ;

Golgotha pleure son trépas.

Dieu que l’Hébron connaît, Dieu que Cédar adore,

Ta gloire à ces rochers jadis se dévoila ;

Sur le sommet des monts nous te cherchons encore :

Seigneur, réponds-nous ; es-tu là ?

Paisibles habitants de ces saintes retraites,

Comme au pied de ces monts où priait Israël,

Dans le calme des nuits, des hauteurs où vous êtes

N’entendez-vous donc rien du ciel ?

Ne voyez-vous jamais les divines phalanges

Sur vos dômes sacrés descendre et se pencher ?

N’entendez-vous jamais des doux concerts des anges

Retentir l’écho du rocher ?

Quoi ! l’âme en vain regarde, aspire, implore, écoute :

Entre le ciel et nous est-il un mur d’airain ?

Vos yeux toujours levés vers la céleste voûte,

Vos yeux sont-ils levés en vain ?

Pour s’élancer, Seigneur, où ta voix les appelle,

Les astres de la nuit ont des chars de saphirs ;

Pour s’élever à toi, l’aigle au moins a son aile :

Nous n’avons rien que nos soupirs.

Que la voix de tes saints s’élève et te désarme :

La prière du juste est l’encens des mortels.

Et nous, pécheurs, passons : nous n’avons qu’une larme

À répandre sur tes autels.