Inconscience

By Émile Verhaeren

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

L’âme et le cœur si las des jours, si las des voix,

Si las de rien, si las de tout, l’âme salie ;

Quand je suis seul, le soir, soudainement, parfois,

Je sens pleurer sur moi l’œil blanc de la folie.

Celui, si triste hélas ! qui s’en alla, là-bas,

— Pâle œil désenchanté de la raison méchante —

Rêver à quelque chose, au loin, qu’on ne voit pas

À quelque chose au loin qui tremble et pleure et chante.

Morne crapaud blotti sous les roses, tout seul !

Si seul ! — morne crapaud pleureur de lune, appelle !

Appelle ! Et vous, petites fleurs, pour le linceuil

De mon cerveau, l’ensevelisseuse vient-elle ?

Être l’errant au monde et le pauvre de soi,

Avec le feu bougeant d’une âme, qui tremblotte

Derrière une main frêle et ballotte son moi ;

Qui tremblotte comme un reflet dans l’eau ballotte.

Passer inconscient et se faire l’ami

De ce qui vole et rampe et fuit, là-bas. Naguère,

Avant que ne sortît du somme, l’endormi,

Le premier homme, on a vu mes pareils sur terre.

Ayez amour pour eux, ayez amour un peu !

Ils sont les charmeurs lents, là-bas, des brises lentes :

Leurs doigts, qui n’ont jamais touché le mauvais feu,

Dansent des airs lointains, sur des flûtes tremblantes :

Les puérils et les vaguants, mais loin du mal,

Et les doux égarés, par les bruyères vertes :

Hamlet rirait peut être, hélas ! mais Parsifal ?

Ô Parsifal bénin et clair, comprendrait certes !