Infidélités

By Éphraïm Mikhaël

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

Tu parlais de choses anciennes,

De riches jardins somnolents

Que de nobles musiciennes

Troublent, le soir, d’échos dolents ;

Et de chapelles où s’attardent

Les princesses en oraison ;

Et de lits féodaux que gardent

Toutes les bêtes du blason.

Hélas ! tes paroles amies

Pour mon cœur avide et lassé

Ont réveillé ces endormies :

Les amoureuses du passé.

Et chacune à présent se lève

Devant moi dans le calme soir,

Émergeant à demi du rêve

Comme un corps blanc d’un fleuve noir.

Oh ! les invincibles rivales

Que vous-mêmes vous appelez ;

par ces visions triomphales

Nos pâles amours sont troublés.

Entre vos seins de sœur clémente

Vous caches vainement mon front :

C’est vers quelque lointaine amante

Que mes désirs cruels iront.

Je sais bien, vos yeux d’améthyste

S’emplissent de reproches doux…

Et je suis mortellement triste

De n’avoir plus d’amour pour vous.