Intermittences

By Paul Verlaine

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Il est des jours, il est des mois,

Il est jusques à des années

Où fui des Muses surannées,

Déserté par toutes ses Fois,

Froid aux couronnes comme aux tresses,

Aux palmes ainsi qu'aux lauriers,

Le Poëte, dont vous riez,

Connaît aussi les sécheresses.

Tel un chrétien trop scrupuleux

Ne trouve plus dans sa prière

L'oraison douce et familière,

Chaude au cœur aujourd'hui frileux,

À l'âme désormais glacée

Qui frémit de doute en l'horreur

Du seul, scrupule d'une erreur

Dont il soupçonne sa pensée…

Mais laissez faire : l'an viendra,

Le mois viendra, le jour propice

Où du morose précipice

L'âme immortelle surgira,

Où le cœur sincère et fidèle

Retrouvera l'arbre et les nids

Des bons pensers par Dieu bénis,

Et s'y rendra d'un grand coup d'aile

Ainsi le Poëte, guéri

De la torpeur qui l'étiole,

Tout à coup s'essore et s'envole

Vers le bosquet toujours chéri,

D'où, voix qu'a refaite un long jeûne,

Dans les crépuscules seuls siens,

Il chante ses chagrins anciens

Et l'espérance à jamais jeune !