Introït

By Laurent Tailhade

Written 1891-01-01 - 1891-01-01

Sur champ d'or, en les vieux tableaux,

Ouvrant ses yeux couleur des flots

Et plus svelte que les bouleaux,

La Vierge cause ingénument

Avec le Séraphin charmant

Advenu du haut firmament.

Les calcédoines, les rubis

Passementent ses longs habits

De moire antique et de tabis.

Ses cheveux souples d'ambre vert

Glissent comme un rayon d'hiver

Sur sa cotte de menu-vair.

Oh ! ses doigts frêles et le pur

Mystère de ses yeux d'azur

Éblouis du pardon futur !

Tremblante, elle reçoit l'Ave

Par qui le front sera lavé

De l'antique Adam réprouvé :

« Empérière au bleu pennon,

Sur le sistre et le tympanon,

Les deux exaltent ton renom.

Toi de Jessé royal provin,

Pain mystique, pain sans levain,

Font scellé de l'Amour divin !

Toison de Gédéon ! Cristal

Dont le Soleil oriental

N'adombre pas le feu natal !

Ave Gratia ! Que ta main

Cueille, pour l'ineffable hymen,

Les lis fleuris du bon chemin.

Et que sur ton front adoré

Soit un diadème instauré

De métal richement ouvré.

Le nard exhale son odeur :

Reine de Joie et de Candeur,

Suis l'Époux vêtu de splendeur.

Foule aux pieds le Dragon pervers,

Maîtresse des Paradis clairs,

Ceinte de roses et d'éclairs ! »

Ainsi, le chœur des Angelots

Chante, nimbé de fins halos,

Sur fond d'or, en les vieux tableaux.

Et, d'âge en âges emporté,

Leur psaume de gloire a fêté

Le los de la virginité.

Blanche, où très blanche ! Et c'est pourquoi

Je veux, artiste plein de foi,

Vous peindre en corselet d'orfroi :

Pareille, emmi les hosanna,

Aux madones que blasonna

L'imager du ciel, Mantegna.

Des fleurs d'onyx et de portor

Sur le retable squamé d'or

Épanouiront leur trésor.

Pour vous, les beaux hymnes latins

Ingémiront, soirs et matins,

Graves, près des flambeaux éteints.

Pour vous, mes vers, matins et soirs,

Dans la nef aux mornes voussoirs

Balanceront des encensoirs.