Invitation a jeanne d'arc

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1918-01-01 - 1918-01-01

Mademoiselle Jeanne d'Arc,

Sœur à cheval du beau saint Georges,

Ne savez-vous pas que nos forges

Font mieux que la flèche et que l'arc ?

O jeune fille capitaine

Qui portez le plus beau des noms,

Venez voir comment notre haine

Tonne et crache dans nos canons.

Souffrir pour bouter hors de France,

Vous avez su le faire, vous !

Vous vouliez user vos genoux,

Venez donc voir notre souffrance !

Venez voir, dans les quatre vents

D'une incessante et folle foudre,

Comment ils se laissent découdre,

Nos soldats enterrés vivants ;

Comment, changés en nids de guêpes,

Ils meurent parfois enfumés,

Tous ces fils, tous ces bien-aimés

Pour qui se portent tant de crêpes.

Ah ! Certes, au fond du ciel clair

Ce n'est plus la voix des archanges,

Mais le ronflement des phalanges

Sombres des destructeurs de l'air.

Nous nous gardons à droite, à gauche,

Et nous nous gardons au-dessus.

Nous sentons partout qu'on nous fauche

Sans jamais pouvoir courir sus.

L'ennemi, quelque nom qu'il porte,

Est encore une fois chez nous.

A nous, Jehanne aux yeux si doux !

Venez ça lui montrer la porte !

Délivrez-nous comme autrefois,

O chaste et furieux fantôme !

La France est toujours un royaume

Dont tous les Français sont les rois.

Adolescente harnachée

Qui portez casque de soldat,

Nos gens vous salueraient, oui-dà,

Si vous veniez dans la tranchée.

Et lorsque seraient répartis

Ceux-là qu'on hait et qu'on méprise,

Vous nous diriez : « Adieu, petits ! »

Et retourneriez à l'église.