Jacques bonhomme
By Félix Frank
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
JE suis le Jacques ! le Bonhomme !
Celui qu’on fouaille et dont on rit !
C’est ainsi qu’en France on me nomme ;
Lisez l’histoire… C’est écrit !
« Bourreaux ! valets ! quand sur ma paille,
Tout meurtri, je me dresse nu,
Trêve de vols et de ripaille :
Arrière ! mon jour est venu !
« Car la Justice est la loi sainte
Dont on ne se délivre pas ;
Nul pardon n’éteindrait la plainte
Qui sort d’un passé comme un glas.
« Ils ont fait de joyeuses Pâques
Avec l’opprobre et les chagrins,
Le sang et les larmes de Jacques :
Voyez encor saigner mes reins !
« Ah ! plus de sang ! plus de torture !
Jusqu’au jour du dernier départ,
Des dons de la mère Nature
Que chacun reçoive sa part.
« Mais qu’on ravisse aux gens de fraude.
En les chassant du pied bien loin,
Les fruits de leur basse maraude
Pour Jacque affamé dans son coin !»
Oui, Peuple, aux artisans de crime,
Soûls de tes pleurs et de ton bien,
Oppose un arrêt magnanime ;
Contre ces loups ne tente rien…
Plus de sang : le leur est immonde !
Qu’ils rendent l’or et la moisson,
Et qu’ils laissent l’âme du monde
Chanter sa sublime chanson
Sur le lèvres du vieux Misère,
Radieux et ressuscité,
Pour que tous aient le nécessaire,
travaillant en pleine clarté !
Car il est toujours le Bonhomme,
Et, nourricier du genre humain,
Héros qui fut bête de somme,
Il ne demande que du pain !