Jaloux du printemps

By René-François Sully Prudhomme

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Des saisons la plus désirée

Et la plus rapide, ô printemps,

Qu'elle m'est longue, ta durée !

Tu possèdes mon adorée,

Et je l'attends !

Ton azur ne me sourit guère,

C'est en hiver que je la vois ;

Et cette douceur éphémère,

Je ne l'ai dans l'année entière

Rien qu'une fois.

Mon bonheur n'est qu'une étincelle

Volée au bal dans un coup d'œil :

L'hiver passe, et je vis sans elle ;

C'est pourquoi, fête universelle,

Tu m'es un deuil.

J'ai peur de toi quand je la quitte :

Je crains qu'une fleur d'oranger,

Tombant sur son cœur, ne l'invite

À consulter la marguerite,

Et quel danger !

Ce cœur qui ne sait rien encore,

Couvé par tes tendres chaleurs,

Devine et pressent son aurore ;

Il s'ouvre à toi qui fais éclore

Toutes les fleurs.

Ton souffle l'étonne, elle écoute

Les conseils embaumés de l'air ;

C'est l'air de mai que je redoute,

Je sens que je la perdrai toute

Avant l'hiver.