Janot et catin

By Jean de La Fontaine

Written 1658-01-01 - 1694-01-01

Un beau matin,

Trouvant Catin,

Toute seulette,

Pris son tetin

De blanc satin,

Par amourette :

Car de galette

Tant soit mollette

Moins friand suis, pour le certain.

Adonc, me dit la bachelette,

Que votre coq cherche poulette ;

Ici ne fera grand butin.

Telle censure

Ne fut si sûre

Qu'elle espérait ;

De ma fressure

Dame luxure

Jà s'emparait.

En tel détroit

Mon cas étoit,

Que je quis meilleure aventure.

Catin ce jeu point n'entendoit ;

Mieux attaquois, mieux défendoit :

Dont je souffris peine très dure.

Pendant l'étrif,

D'un ton plaintif

Dis chose telle :

Las ! moi chétif

En son esquif

Caron m'appelle.

Cessez donc, belle,

D'être cruelle

A cettui votre humble captif ;

Il est à vous foie et ratelle.

Bien grand merci, répondit-elle ;

Besoin n'ai d'un tel apprentif.

Je vous affie

Et certifie

Que quelque jour

J'ai bonne envie

Ne vous voir mie

Dure à l'étour.

Le dieu d'Amour

Sait plus d'un tour,

Que votre cœur trop ne s'y fie ;

Car, quant à moi, j'ai belle paour

Qu'à vous férir n'ait le bras gourd.

Le contemner est donc folie.

Vous n'avez pas

Bien pris mon cas,

Ne ma sentence.

De tomber, las !

D'Amour ez las !

Ne fais doutance,

Mais telle offense,

En conscience,

Ne commettrais pour cent ducats.

Que ce soit donc votre plaisance

De me laisser en patience,

Et de finir cet altercas.

Alors qu'on use

De vaine excuse,

C'est grand défaut

Telle refuse

Qui après muse,

Dont bien peu chault ;

Car point ne fault

Tout homme caut

A chercher mieux quand on l'amuse.

Dont je conclus qu'en amour faut

Battre le fer quand il est chaud,

Sans chercher ni détour ni ruse.

Onc en amours

Vaines clamours

Ne me reviennent ;

Roses et flours,

Tous plaisants tours,

Mieux y conviennent.

Assez tôt viennent,

Voire proviennent

Du temps qu'on perd douleurs et plours.

Faut que tels cas aux gens surviennent.

C'est bien raison qu'ils entretiennent

En tout déduit leurs plus beaux jours.

Ainsi prêchois,

Et j'émouvois

Cette mignonne ;

Mes mains fourrois ;

Usant des droits

Qu'amour nous donne.

Humeur friponne

Chez la pouponne

Se glissa lors en tapinois.

Son œil me dit en son patois :

Berger, berger, ton heure sonne.

J'entendis clair ; car il n'est homme

Plus attentif à telle voix.

Ami lecteur, qui ceci vois,

Ton serviteur, qui Jean se nomme,

Dira le reste une autre fois.