Jardins d’automne

By Georges Fourest

Written 1909-01-01 - 1909-01-01

Les jardins ont perdu leurs robes éburnales,

Éden trois fois béni d’où nous fûmes chassés,

Pourpre sainte attestant la blancheur des annales,

Ces roses de la Nuit chantent les trépassés ;

Les trépassés là-bas qui dorment dans leur bière

Sous l’obscène pâleur du seul magnolia ;

Reviendras-tu sécher les pleurs de nos paupières,

Toi l’immortel Amour que la Mort oublia !

De l’immortel Amour à la Mort immortelle,

Supplice qu’Il rêva sous la Nuit du recueil

À quitter le séjour au jour nous dira-t-elle,

Ce beau lac d’hydrargyre où vogue le cercueil ?

Car le ciel est livide au Lac-des-Libellules

Et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs,

Les Vierges à genoux dans le froid des cellules

Mouillent les Crucifix de longs baisers lascifs…

Les Jardins ont perdu leurs Robes éburnales

Éden trois fois béni d’où nous fûmes chassés !

Pourpre sainte attestant la blancheur des annales,

Les Roses de la Nuit chantent les trépassés.