Jardins d’automne
Written 1909-01-01 - 1909-01-01
Les jardins ont perdu leurs robes éburnales,
Éden trois fois béni d’où nous fûmes chassés,
Pourpre sainte attestant la blancheur des annales,
Ces roses de la Nuit chantent les trépassés ;
Les trépassés là-bas qui dorment dans leur bière
Sous l’obscène pâleur du seul magnolia ;
Reviendras-tu sécher les pleurs de nos paupières,
Toi l’immortel Amour que la Mort oublia !
De l’immortel Amour à la Mort immortelle,
Supplice qu’Il rêva sous la Nuit du recueil
À quitter le séjour au jour nous dira-t-elle,
Ce beau lac d’hydrargyre où vogue le cercueil ?
Car le ciel est livide au Lac-des-Libellules
Et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs,
Les Vierges à genoux dans le froid des cellules
Mouillent les Crucifix de longs baisers lascifs…
Les Jardins ont perdu leurs Robes éburnales
Éden trois fois béni d’où nous fûmes chassés !
Pourpre sainte attestant la blancheur des annales,
Les Roses de la Nuit chantent les trépassés.