Jardins de la margrave sibylle

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Le jardin était plein de bonne : compagnie.

Thérèse dans un coin, avec quelque ironie,

Tenait sa cour, menant du bout de l'éventail

Des ducs, des financiers, des prélats, son bétail ;

Les terrasses étaient tout en charmille, et mainte

Rhadamire y jasait avec quelque Aramynthe ;

Dans l'ombre au fond d'un antre un vieux faune courbé

Faisait du bel esprit avec un jeune abbé ;

Deux philosophes gris, se prodiguant le geste,

Disputaient, et mêlaient le Phédon au Digeste ;

L'un répondait Quia quand l'autre disait Cur ;

Les grottes rayonnaient, et, dans le clair-obscur,

On voyait les bras nus et les gorges de marbre

Des déesses riant parmi les branches d'arbre,

Pendant que des marquis en manteaux espagnols

Leur lisaient des sonnets sifflés des rossignols.