Je l’ai lu, ce futur volume…
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Je l’ai lu, ce futur volume,
Et parfois même il m’a semblé
Distinguer les mots où la plume
Avec le cœur avait tremblé.
Attristé jusqu’au fond de l’âme,
J’ai songé, tout en l’achevant,
Combien sont doux les yeux de femme
Qui pleurèrent en l’écrivant,
Combien divine la nature
Qui dut supporter tous ces maux,
Et combien pénétrante et pure
La voix qui rythma ces sanglots !
Celle qui fit ce reliquaire
A des rêves, hélas ! défunts,
Dans son pauvre cœur n’a plus guère
Qu’une douleur et des parfums.
Et cette poésie exquise
Pleine d’un accent tendre et fier,
On sent qu’elle ne l’a conquise
Que par son désespoir d’hier.
Comment, à présent, changerai-je
Un mot, un seul, à votre chant !
On ne marche pas sur la neige.
Je gâterais, en retouchant.
Mais nous pourrons relire ensemble
Ces beaux vers qui me sont sacrés.
Je dirai tout bas : « Il me semble-
Peut-être — » et vous corrigerez.
Car aucune main étrangère,
Poète aux chères visions,
Ne saurait être assez légère
Pour toucher à vos papillons.