Je l’ai lu, ce futur volume…

By François Coppée

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Je l’ai lu, ce futur volume,

Et parfois même il m’a semblé

Distinguer les mots où la plume

Avec le cœur avait tremblé.

Attristé jusqu’au fond de l’âme,

J’ai songé, tout en l’achevant,

Combien sont doux les yeux de femme

Qui pleurèrent en l’écrivant,

Combien divine la nature

Qui dut supporter tous ces maux,

Et combien pénétrante et pure

La voix qui rythma ces sanglots !

Celle qui fit ce reliquaire

A des rêves, hélas ! défunts,

Dans son pauvre cœur n’a plus guère

Qu’une douleur et des parfums.

Et cette poésie exquise

Pleine d’un accent tendre et fier,

On sent qu’elle ne l’a conquise

Que par son désespoir d’hier.

Comment, à présent, changerai-je

Un mot, un seul, à votre chant !

On ne marche pas sur la neige.

Je gâterais, en retouchant.

Mais nous pourrons relire ensemble

Ces beaux vers qui me sont sacrés.

Je dirai tout bas : « Il me semble-

Peut-être — » et vous corrigerez.

Car aucune main étrangère,

Poète aux chères visions,

Ne saurait être assez légère

Pour toucher à vos papillons.