Je te salue, étoile
Written 1949-01-01 - 1949-01-01
Je te salue, étoile,
Qui nouvelle apparaît,
A genoux sous ton voile,
Vierge de Nazareth.
O Vierge bienheureuse,
Quel est donc cet esprit ?
En ta dextre pieuse
Un lys s'épanouit.
Vierge sainte, n'hésite :
Sauve-nous au plus vite
Des fins du réprouvé ;
Reçois tôt cet avé,
Quoi que le plus étrange
Qui du serpent nous venge.
C'est fait, j'entends ta voix.
C'est fait, je vois la Croix.
Ce n'est plus au nom d'Ève,
C'est au tien qui relève,
Que ma Mère je vois !
Mère la plus aimable,
Pour avoir notre Dieu
Mis au monde en étable,
L'hiver, de nuit sans feu.
O le dur privilège !
Quel Noël ! sous la neige
Réchauffer de Jésus
Les petits membres nus.
Mais quoi ? des luths s'entendent !
O Porte des Élus,
Rois, bergers te demandent ;
D'autant que tous perclus
Dans le siècle où nous sommes
Sans toi, nous, pauvres hommes,
Ne nous sauverions plus !
Or donc le plus coupable
Soit par toi détaché.
Tiens l'aspic à ta table,
En ton lit soit couché.
Aux aveugles des rues
Fais du moins belles vues,
Voir qu'à nos obstinés
Tes sourds soient pardonnés.
Des guerres et des pestes,
De nos fléaux funestes,
Écarte les tableaux.
Jette aux vers des tombeaux
Les faux biens périssables,
Et des biens véritables
Choisis-moi les moins beaux.
Mais à Cupide obscène,
Injuste en son avoir,
Montre que veuve en peine,
Enfant vêtu de noir
Et pauvre en sa chaumière,
Ont chez toi bonne Mère
Qui sait les protéger
Et pourrait les venger,
Le jour qu'un Débonnaire
(Après le Cimetière,
Quand il faudra compter,)
Non pas sans hésiter,
Devrait, quelle misère !
Malgré pleurs et prières
Ton silence écouter.
O Vierge singulière
Dont l'humble humilité
Est jardin de lumière
En plus noire cité !
Quoi ! tu n'es point altière !
Eh quoi ! tu n'es point fière
De si grand' pureté ?
Oh ! pour ta grand' bonté,
Sois donc notre Bergère,
Et sous ta panetière,
Houlette et long manteau,
Change un sanglant taureau,
Change un tigre plein d'ire,
Ce qui revient à dire :
Change l'homme en agneau.
Délivre-nous d'un monde
Qui foule la pudeur !
Autre Jeanne plus monde
Sus au fornicateur !
Mets Cacus en déroute ;
Cessent d'être à l'écoute
Basile, Yago, Loyal !
Si que, par ton canal
Sortis de cette impasse,
(Notre-Dame de Grâce,
Daigne tous nous bénir !)
Chacun s'aille esbaudir
Le jour de la Victoire
An séjour d'une gloire
Qui ne doit point ternir !
Ah ! si j'avais ta harpe,
Toi qui de moi riras !
An lieu de cette écharpe
Où j'ai ce maudit bras !
Ou si je tenais l'orgue
Disons chez ceux de Lorgue,
J'éveillerais cent « laus »
Sur mille et mille flots.
Mais je ne suis prophète,
Encor bien moins poëte :
Nous sommes professeur.
Chez ma petite sœur
Ce poison mets-je en douve,
Et que saint Bernard trouve
Plus heureux traducteur !