Jeanne d'arc

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

O Jeanne, je t'aimai dès longtemps entre toutes !

Ange du dévoûment,

Ta foi naïve et pure illumina mes doutes

De son rayonnement !

Jeune homme, j'eus pour toi ce respect qui défie

Toute contagion ;

Je te donnai mon âme, et tu fus pour ma vie

Une religion !

De tes saintes jamais je n'outrageai la gloire

D'un sourire moqueur,

Et ce que ma raison se refusait à croire

Agréait à mon cœur !

Aujourd'hui, la cité, qui, par toi défendue,

Conjura le danger,

Se prosterne à tes pieds, encor tout éperdue

Du joug de l'étranger !

Cet effroyable orage a passé sur sa tête !…

Son âme se souvient

Que c'est toi qui jadis as chassé la tempête ;

C'est à toi qu'elle vient !

Elle vient te conter le réveil de nos armes,

Après tant de douleurs ;

Les hommes ont des chants, les femmes ont des larmes,

Les enfants ont des fleurs !

O vierge, elle te rend grâce de sa victoire

Et t'invoque à genoux,

Comme si, traversant les âges, ta mémoire

Eût combattu pour nous !

Il semble que, fêtant deux fois sa délivrance,

Orléans vienne encor

Entonner avec toi ce chant de l'espérance :

Le Veni creator !

O spectacle touchant, que devant ton image,

D'un siècle peu chrétien

L'incrédulité même apporte cet hommage

Aux croyances du tien !

Ah ! c'est qu'il est un Dieu qu'on adore et qu'on prie

Hors même du saint lieu !

Il unit tous les cœurs, il s'appelle Patrie,

Et fut aussi ton Dieu !

Par le supplice infâme à l'homme il se révèle ;

On le crucifia ;

Et notre Marseillaise est d'une croix nouvelle

Le Veni Patria !

O Jeanne ! Avec Jésus, jusqu'au milieu des flammes,

Il suivit tes vingt ans !…

Et c'est pourquoi ton nom, cher à toutes les âmes,

Sera de tous les temps !