Jeune dieu

By Gaston Heux

Written 1924-01-01 - 1924-01-01

Cet enfant qui s'en vient rêve seul son beau rêve.

Un Dieu n'a pas encor, doux Créateur d'une Ève,

Visité son sommeil ni dédoublé sa chair.

Il dispense entre tous son trésor le plus cher,

Et son amour pensif d'un parfum baigne l'ombre !…

Pas un de ses bienfaits qui réduise leur nombre…

Quels dons auraient leur prix tant qu'il ne s'est donné

Et tout à ses candeurs d'éternel nouveau-né,

Il fait sa volupté, grande parmi les grandes,

D'un geste qui s'ignore et s'épanche en offrandes !

Le voici dans le jour adorable, tressant

A ses cheveux légers de l'églantine en sang…

D'autres ne sont torrents que pour subir leur digue !…

L'Univers veut combler l'être qui se prodigue…

Tant d'échos pleins de lui qui se sont cru sa voix !

?Envahissant des sens exaspérés cent fois,

Lueurs, hymnes, odeurs, versant leur riche essence,

Fondent la terre jeune à son adolescence.

Pas de gouffre où l'éclair de sa force n'ait lui…

Les cieux en longs sillons s'illuminent de lui,

Et, sûr enfin que chaque aspect le renouvelle,

Il savoure en son cœur sa vie universelle !…

Penchée aux coupes d'or, que l'ivresse a de choix !…

Il vient ! d'amples transports ondulent par les bois,

Dont l'épaisse fraîcheur caresse d'ombres vertes

Son doux regard crédule et ses lèvres offertes…

Les troncs où s'égosille un nid suave et sûr

En jets mélodieux se hâtent vers l'azur…

Sur leur cime, d'or pâle et de vert nuancée,

La nue, au zénith bleu, sommeille balancée…

Mais l'enfant aperçoit parmi son souvenir

D'autres hôtes encore y descendre frémir.

Car il vous suit des yeux au ciel des nuits sublimes,

Essaims vertigineux jaillis de quels abîmes,

Étoiles que le rythme épars des belles nuits

Berce, au faîte des bois, dans la houle des bruits !

Il partage avec vous son âme fraternelle…

Sa fougue vous entraîne, autre forme de l'aile,

Mais la vôtre est de flamme, astres, et vous volez !

De branche en branche, en tourbillons, étincelez !

A peine appuyez-vous votre élan qui rayonne,

Qu'un neuf essor déjà dans votre être frissonne…

Vous laissez aux rameaux vos palpitations,

O divins oiseaux d'or des constellations !…

Tel, au-delà de soi, son instinct le prolonge…

Il crée un monde entier dans l'instant qu'il le songe,

Et c'est un Dieu ! et son vouloir torrentiel

Jailli d'un cœur divin, roule encore du ciel…

Il est onde et bondit, flamme, crépite et brille…

Inépuisablement sa vigueur s'éparpille,

Et tel, des vasques d'or de son illusion,

descend le long ruisseau de la Création… .