Jouvence

By Pierre Quillard

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Tu parles tristement des campagnes lointaines

D'une voix si dolente et lourde de regrets

Que je deviens jaloux des fleurs et des forêts

Et des saules d'argent penchés vers les fontaines.

Souvenirs ! jours anciens ! comme vous enserrez

Notre âme prisonnière en d'invincibles chaînes :

Tu veux, comme autrefois, baigner les sombres chênes

Au clair de lune blond de tes cheveux cendrés.

Soit ! l'été revenu parmi les hautes herbes,

Nous marcherons, frôlés par les ailes de l'air,

Au murmure divin des choses et ta chair

Mêlera des parfums de Chypre aux foins en gerbes,

Et peut-être qu'un soir entre de rudes draps

Embaumés de lavande et dans un lit d'auberge

Tu me rendras ta chair et tes lèvres de vierge,

Pour quelque amour d'enfant dont tu te souviendras.