Kronos

By Louis Bouilhet

Written 1869-01-01 - 1869-01-01

Kronos, roi du passé, père des jours à naître,

Seul des olympiens sur son trône est resté ;

L'impitoyable faux au tranchant redouté

Tremble éternellement dans les mains du vieux maître :

Sa barbe, que le feu des étoiles pénètre,

Sous ses flocons d'argent couvre l'immensité ;

Il jette aux dieux nouveaux un regard de côté,

Et se détourne d'eux, sans les vouloir connaître.

À quoi bon ? Rien n'est sûr, d'autres viendront encor…

N'a-t-il pas vu ses fils brisant leurs sceptres d'or,

Et l'Olympe encombré du débris de leurs armes ?

Sur terre et dans les cieux, sachant que tout est vain,

Il pleure, épouvanté de ce néant divin ‒

Et la profonde mer n'est qu'une de ses larmes !