La Baigneuse

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Au fond d'une baignoire elle admire ses hanches

Dans le miroir mouvant d'un cristal enchanté,

Et les mollets croisés, elle étend ses mains blanches

Sur les bords du bassin qui hume sa beauté.

Les robinets de cuivre à figure de cygne

Ont l'air de lui sourire et de se pavaner,

Et leurs gouttes parfois semblent lui faire un signe

Comme pour la prier de les faire tourner.

Sur un siège, ses bas près de ses jarretières

Conservent la rondeur de leur vivant trésor ;

Ses bottines de soie aux cambrures altières

N'attendent que son pied pour frétiller encor.

Sa robe de satin pendue à la patère

A les reflets furtifs d'une peau de serpent

Et semble avoir gardé la grâce et le mystère

De celle dont l'arôme en ses plis se répand.

Sur la table où l'on voit bouffer sa collerette,

Telle qu'on la portait au temps de Henri Trois,

Ses gants paille, malgré leur allure distraite,

Obéissent encore au moule de ses doigts.

Sa toque est provocante avec son long panache,

Et son corset qui bâille achève d'énerver.

Colliers et bracelets, tout ce qui la harnache

Luit dans l'ombre et paraît magiquement rêver.

Et tandis qu'un éclair dans ses yeux étincelle

En voyant que son corps fait un si beau dessin,

Le liège qui vacille au bout de la ficelle

Chatouille en tapinois la fraise de son sein.