La Belle au Bois dormant

By Louise-Victorine Ackermann

Written 1862-01-01 - 1862-01-01

Une princesse, au fond des bois,

A dormi cent ans autrefois,

Oui, cent beaux ans, tout d’une traite.

L’enfant, dans sa fraîche retraite,

Laissait courir le temps léger.

Tout sommeillait à l’entour d’elle :

La brise n’eût pas de son aile

Fait la moindre feuille bouger ;

Le flot dormait sur le rivage ;

L’oiseau, perdu dans le feuillage,

Était sans voix et sans ébats ;

Sur sa tige fragile et verte

La rose restait entr’ouverte :

Cent printemps ne l’effeuillaient pas !

Le charme eût duré, je m’assure,

À jamais, sans le fils du roi.

Il pénétra dans cet endroit,

Et découvrit par aventure

Le trésor que Dieu lui gardait.

Un baiser, bien vite, il dépose

Sur la bouche qui, demi-close,

Depuis un siècle l’attendait.

La dame, confuse et vermeille,

À cet inconnu qui l’éveille

Sourit dans son étonnement.

Ô surprise toujours la même !

Sourire ému ! Baiser charmant !

L’amour est l’éveilleur suprême,

L’âme, la Belle au bois dormant.