La bonne crainte

By Paul Verlaine

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

LE diable de Papefiguière

Eut tort, d’accord, d’être effrayé

De quoi, bons Dieu !

Mais que veut-on que je requière

A son encontre, moi qui ai

Peur encor mieux ?

Eh quoi, cette grâce infinie

Délice, délire, harmonie

De cette chair,

O femme, ô femmes, qu’est la vôtre

Dont le mol péché qui s’y vautre

M’est si cher

Aboutissant, c’est vrai, par quelles

Ombreuses gentiment venelles

Ou richement,

Légère toison qui ondoie,

Toute de jour, toute de joie

Innocemment,

Or frisotté comme eau qui vire

Où du soleil tiède se mire

Et qui sent fin,

Lourds copeaux si minces ! d’ébène

Tordus, sans nombre, sous l’haleine

D’étés sans fin

Aboutissant à cet abîme

Douloureux et gai, vil, sublime,

Mais effrayant

On dirait de sauvagerie,

De structure mal équarrie,

Clos et béants.

Oh ! oui, j’ai peur, non pas de l’antre

Ni de la façon qu’on y entre

Ni de l’entour,

Mais, dès l’entrée effectuée

Dans l’âpre caverne d’amour,

Qu’habituée

Pourtant à l’horreur fraîche et chaude,

Ma tête en larmes et en feu,

Jamais en fraude,

N’y reste un jour, tant vaut le lieu !