La Cendre

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

De la sorte — parlant par la voix du Curé —

La cendre de l'âtre interpelle

La chambrière antique à l'air dur et madré

Qui vient la prendre avec sa pelle :

« Épargne-moi donc, bonne vieille !

Ne va pas encor me noyer,

Laisse-moi dans ce grand foyer

Où si doucement je sommeille.

Tu ne verras pas rougeoyer

Toujours la lumière vermeille.

En terre obscure, à poudroyer,

Un jour, tu seras ma pareille.

Voici que ton âge succombe ;

Nous allons être sœurs ainsi :

Moi, je serai poussière ici,

Et toi, poussière dans la tombe. »

La vieille qui croit plus encor

À l'existence qu'à la mort,

Lui répond, tremblante et poussive :

« Poussière et cend' ? tant q'tu voudras

Quand je n'blanchirai plus mes draps…

En attendant, fais ma lessive ! »