La chanson

By Louis Bouilhet

Written 1859-01-01 - 1859-01-01

Petits serins, petits moineaux,

Passez la tête à vos barreaux,

Je viens des bois et de la plaine,

De mouron frais ma hotte est pleine.

Mouron ! mouron !

Qui veut du mouron ?

Au long des prés et des ruisseaux,

Des champs tout blonds aux verts coteaux,

Parmi la mousse et la bruyère,

Je vais cherchant la graine amère…

Mouron ! mouron !

Qui veut du mouron ?

Pour vous cueillir le picotin,

Je m'éveille, dès le matin,

Car, la nuit, mes songes fidèles,

Sont pleins de chants et de bruits d'ailes.

Mouron ! mouron !

Qui veut du mouron ?

Je suis le père des oiseaux,

Et, dans leur prison de roseaux,

Tous, quand je chante par la ville,

Frissonnent au perchoir mobile.

Mouron ! mouron !

Qui veut du mouron ?

Amis à l'œil luisant et noir,

Vous vous croirez libres, ce soir,

Quand, à la grille de vos cages,

S'étaleront mes gais feuillages.

Mouron ! mouron !

Qui veut du mouron ?

Merles, pinsons, chardonnerets,

J'ai vu vos frères des forêts,

Et j'ai des nouvelles certaines

Des bois, des monts, et des fontaines.

Mouron ! mouron !

Qui veut du mouron ?

Je les vois venir, par milliers,

Quand je passe au fond des halliers,

Et, pour me jaser dans l'oreille,

Plus d'un se pose à ma corbeille.

Mouron ! mouron !

Qui veut du mouron ?