La chanson de l’alouette

By Victor Laprade

Written 1844-01-01 - 1844-01-01

Je suis, je suis le cri de joie

Qui sort des prés à leur réveil ;

Et c’est moi que la terre envoie

Offrir le salut au soleil.

Je pars des chaumes blancs de brume,

À mes pieds flotte un fil d’argent,

La rosée emperle ma plume,

Et je la sème en voltigeant.

Je plane et chante la première

Dans l’azur frais où l’aube éclot ;

Je me baigne dans la lumière,

Et vais me mirer dans un flot.

Ma voix est sans note plaintive,

Je ne dis rien au triste soir ;

Je suis la chanson folle et vive

De la jeunesse et de l’espoir.

Je dis au malade qui veille :

Bénis Dieu, la nuit va finir !

Au laboureur que je réveille :

Fais ton sillon pour l’avenir !

Si mon chant près d’une fenêtre

Attire un couple jeune et beau,

Je répète : Le jour va naître,

Laisse partir ton Roméo !

Je suis, je suis le cri de joie

Qui sort des prés à leur réveil ;

Et c’est moi que la terre envoie

Offrir un salut au soleil.