La Chanson de Sophocle à Salamine

By Victor Hugo

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Me voilà, je suis un éphèbe,

Mes seize ans sont d'azur baignés ;

Guerre, déesse de l'Érèbe,

Sombre guerre aux cris indignés,

Je viens à toi, la nuit est noire !

Puisque Xercès est le plus fort,

Prends-moi pour la lutte et la gloire

Et pour la tombe ; mais d'abord

Toi dont le glaive est le ministre,

Toi que l'éclair suit dans les cieux,

Choisis-moi de ta main sinistre

Une belle fille aux doux yeux,

Qui ne sache pas autre chose

Que rire d'un rire ingénu,

Qui soit divine, ayant la rose

Aux deux pointes de son sein nu,

Et ne soit pas plus importune

A l'homme plein du noir destin

Que ne l'est au profond Neptune

La vive étoile du matin.

Donne-la-moi, que je la presse

Vite sur mon cœur enflammé ;

Je veux bien mourir, ô déesse,

Mais pas avant d'avoir aimé.