La charité
Written 1854-01-01 - 1854-01-01
Il faut des fleurs à ma lyre
Et des parfums à mes chants.
Trop souvent elle soupire.
Sur la morgue des méchants.
Aujourd'hui, douce, elle accorde
Ses accents, et son ardeur
Fait vibrer sur chaque corde
Une note de bonheur.
Que toute douleur s'achève ;
Que son triste souvenir
Disparaisse comme un rêve
Qui ne doit plus revenir ;
Que la mansarde — rayonne ;
Qu'elle quitte un sombre deuil,
Car l'éclat d'une couronne
S'est reflété sur son seuil.
Qu'à sa petite fenêtre
Elle suspende des fleurs.
Le soleil vient d'y paraître :
Adieu l'hiver des douleurs !
Que la frêle créature
Y dorme en paix au berceau ;
Que l'aïeule lui murmure
Chaque soir un chant nouveau,
Et que la pauvre famille
Qui grelotta si souvent,
Désormais, paisiblement,
Près du foyer qui pétille
Écoute souffler le vent.
De son ancienne misère,
Oh ! qu'elle ne craigne plus,
La voix, triste conseillère,
Qui conduit loin des vertus.
Non ; mais qu'heureuse elle oublie
De la veille les tourments,
Et que tout s'égaie et rie
Comme les fleurs au printemps.
Enfants, qui pleuriez naguère,
Froids et nus, sur le pavé,
Souriez ! car d'une mère
Le doux regard s'est levé ;
Elle voit votre faiblesse,
Et vous dit : — « Relevez-vous… »
Je donne, avec ma tendresse,
« Le pain qui vous sauve tous…
» Sur votre enfance je veille :
» Je suis votre ange gardien ;
« Quand chacun de vous sommeille,
» A son chevet je me tien ;
» Et de sa mère craintive
» Je dissipe les terreurs,
» Car, pour consoler, j'arrive
» Sur la porte où sont les pleurs ;
» J'entre où la douleur soupire',
« Et les regards qui pleuraient
« Voient soudain naître un sourire
« Aux lèvres qui murmuraient. »
La Charité me commande :
« Avec bonheur j'obéis… »
Lorsqu'on reçoit mon offrande, »
Je remercie et bénis !… »
Oh ! cette voix dit encore,
Dans ses doux épanchements :
« Homme, ton ciel se colore ;
Viens, courage, espère, prends !… »
Car, de notre belle France,
Empire ressuscité,
Elle est la Foi, l'Espérance ;
Mieux encor : la Charité !…
De qui finit notre peine
En chœur célébrons le nom ;
Louons notre Souveraine
Au bruit de notre chanson,
Et que nos accents vers elle,
S'envolant en doux accords,
Lui portent d'un cœur fidèle
Les ineffables transports !
Et loi, ma sainte compagne,
Ma seule amie ici-bas,
Muse ! dont la voix accompagne
Et souvent raffermit mes pas,
Dis lui, dis-lui que chaque aumône,
Goutte de rosée et de miel,
Deviendra perle à la couronne
Que Dieu lui garde encore au Ciel