La Chute des Étoiles

By Charles-Marie Leconte De Lisle

Written 1862-01-01 - 1862-01-01

Tombez, ô perles dénouées,

Pâles étoiles, dans la mer.

Un brouillard de roses nuées

Émerge de l'horizon clair ;

A l'Orient plein d'étincelles

Le vent joyeux bat de ses ailes

L'onde que brode un vif éclair.

Tombez, ô perles immortelles,

Pâles étoiles, dans la mer.

Plongez sous les écumes fraîches

De l'Océan mystérieux.

La lumière crible de flèches

Le faîte des monts radieux ;

Mille et mille cris, par fusées,

Sortent des bois lourds de rosées ;

Une musique vole aux deux.

Plongez, de larmes arrosées,

Dans l'Océan mystérieux.

Fuyez, astres mélancoliques,

O Paradis lointains encor !

L'aurore aux lèvres métalliques

Rit dans le ciel et prend l'essor ;

Elle se vêt de molles flammes,

Et sur l'émeraude des lames

Fait pétiller des gouttes d'or.

Fuyez, mondes où vont les âmes,

O Paradis lointains encor !

Allez, étoiles, aux nuits douces,

Aux cieux muets de l'Occident.

Sur les feuillages et les mousses

Le soleil darde un œil ardent ;

Les cerfs, par bonds, dans les vallées,

Se baignent aux sources troublées ;

Le bruit des hommes va grondant.

Allez, ô blanches exilées,

Aux cieux muets de l'Occident.

Heureux qui vous suit, clartés mornes,

O lampes qui versez l'oubli !

Comme vous, dans l'ombre sans bornes,

Heureux qui roule enseveli !

Celui-là vers la paix s'élance :

Haine, amour, larmes, violence,

Ce qui fut l'homme est aboli.

Donnez-nous l'éternel silence,

O lampes qui versez l'oubli !