La colline

By Henri Régnier

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Cette colline est belle, inclinée et pensive ;

Sa ligne sur le ciel est pure à l'horizon.

Elle est un de ces lieux où la vie indécise

Voudrait planter sa vigne et bâtir sa maison.

Nul pourtant n'a choisi sa pente solitaire

Pour y vivre ses jours, un à un, au penchant

De ce souple coteau doucement tutélaire

Vers qui monte la plaine et se hausse le champ.

Aucun toit n'y fait luire, au soleil qui l'irise

Ou l'empourpre, dans l'air du soir ou du matin,

Sa tuile rougeoyante ou son ardoise grise…

Et personne jamais n'y fixa son destin

De tous ceux qui, passant, un jour, devant la grâce

De ce site charmant et qu'ils auraient aimé,

En ont senti renaître en leur mémoire lasse

La forme pacifique et le songe embaumé.

C'est ainsi que chacun rapporte du voyage

Au fond de son cœur triste et de ses yeux en pleurs

Quelque vaine, éternelle et fugitive image

De silence, de paix, de rêve et de bonheur.

Mais, sur la pente verte et lentement déclive,

Qui donc plante sa vigne et bâtit sa maison ?

Hélas ! et la colline inclinée et pensive

Avec le souvenir demeure à l'horizon !