La colombe égarée

By Jean Polonius

Written 1827-01-01 - 1827-01-01

Quel vent t’amène aux portes de nos villes,

Pauvre colombe, habitante des champs ?

Loin de ton nid, loin de tes bois tranquilles,

Que viens-tu faire au pays des méchants ?

Pour tes petits, industrieuse mère,

Viens-tu chercher quelque grain dans nos murs ?

Hélas ! ces murs n’ont qu’aride poussière,

Ruisseaux fangeux, pierres, débris impurs.

Rentre au désert : là sont tes verts ombrages ;

Là, tout, sans peine, à tes vœux peut s'offrir ;

Fruits savoureux, épis, graines sauvages,

L’eau du torrent, le soleil, le zéphyr…

Rentre au désert, aimable vagabonde !

Ne vois-tu pas comme l’enfant pervers,

L’œil aux aguets, va préparant sa fronde,

Et de ses cris te poursuit dans les airs ?

Fuis ! sous nos toits habite l’esclavage !

Mieux vaut braver la serre du trépas.

L’homme se fait un plaisir de sa rage,

L’aigle dévore, et ne tourmente pas.

Oh ! si j’avais tes deux ailes légères,

Loin des cités, dont l’air pèse sur moi,

Je m’enfuirais dans tes bois solitaires,

Mais sans vouloir les quitter comme toi !