La Colombe et le Passant

By Auguste Lacaussade

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

De quel climat aimé des fleurs

Viens-tu, colombe matinale ?

D'où viennent ces douces odeurs

Que par les airs ton aile exhale ?

Quel soin t'amène dans ces lieux ?

— Mon maître Anacréon m'envoie

Vers Bathyllos aux noirs cheveux,

L'enfant, sa tendresse et sa joie,

Des cœurs tyran victorieux.

Pour un hymne à lui m'a vendue

Cypris qui prise les beaux vers ;

Et, depuis, esclave assidue,

Je l'accompagne et je le sers.

Je suis sa prompte messagère :

Tu le vois, d'une aile légère

Je porte ses lettres d'amour.

Il m'a promis, à mon retour,

La liberté ; mais qu'en ferais-je ?

Mon maître dût-il m'affranchir,

Je veux rester et le servir.

Pourquoi loin de lui m'en irais-je

Voler par les monts et les bois,

M'abriter sous de noirs feuillages

Et me nourrir de grains sauvages ?

Aujourd'hui je mange et je bois,

Ce que mange et boit le poète :

Le pain que lui-même il émiette,

Je viens le prendre dans sa main.

Il me tend sa coupe et son vin ;

Et quand j'ai bu, tout enivrée,

Autour de sa tête inspirée

Je vole et joue en liberté,

Puis je me pose à son côté

Et sur sa lyre je sommeille.

Adieu : qu'on se hâte à présent,

Car tu m'as rendue, ô passant !

Plus bavarde que la corneille.