La Corne

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

La nuit est noire opaque. Au bas d'une âpre côte

Paissent bœufs et taureaux, masses lentes, qui vont

Chargés d'horreur, avec un beuglement profond,

Dans le silence affreux de l'herbe humide et haute.

Ici rampe un crapaud, une grenouille saute,

Là, miaule un hibou dans un tronc d'arbre. Ils sont

Comme eux secrets, obscurs, invisibles, ils ont

Autour, dessus, dessous, le mystère pour hôte.

Mais voici l'air s'éclaircissant.

Une lune en demi-croissant

A percé les nuages mornes…

Et, vers cette corne des cieux,

Ébahis se lèvent les yeux

De toutes ces bêtes à cornes.