La couche fleurie

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Dès la pointe du jour, mon tendre bien-aimé

S'est levé de mon lit… est descendu aux vignes…

Mais j'en suis presque heureuse et mon cœur se résigne,

J'étreins son souvenir en mes bras refermés !

J'avais hier jeté des fleurs sur notre couche

De clairs jasmins et des muguets moins blancs que toi,

De l'hysope odorant, l'asphodèle des rois

Et des roses plus pourpres encor que ta bouche !

Et pendant cette nuit, nos rêves exaltés

Ont pris leur vol aux frôlements des frais pétales. ;

Ces fleurs, dans nos baisers, ont étouffé ton râle,

Elles ont étanché nos pleurs de volupté…

J'ai senti le muguet fleurir entre tes lèvres,

Et l'hysope odorant ruisseler sur mon corps

Au chaud contact de ton désir et de ta fièvre,

Et le myrte froissé nous embaumait encor…

Je retrouve au matin sur leur pulpe moins lisse,

La cire de ta chair, brûlante quelquefois…

J'y cherche ton amour, et les triples délices

De ton parfum, de ta caresse et de ta voix !

Ah ! je boirai ta vie aux lèvres de la rose

Qu'aura pâlie, ainsi que toi, trop de bonheur…

Et la fleur de jasmin ayant pris ton odeur

C'est sur ton sein pâmé que ma tête repose…

Dès la pointe du jour, mon tendre bien-aimé

S'est levé de mon lit… est descendu aux vignes…

Mais j'en suis presque heureuse et mon cœur se résigne,

J'étreins son souvenir en mes bras refermés…