La coupe enchantée :
Written 1668-01-01 - 1694-01-01
Le feint Éraste, en même temps,Le feint Éraste, en même temps,
Lui présente un miroir de poche.
Caliste s’y regarde, et le galant s’approche :
Il contemple, il admire, il lève au ciel les yeux ;
Il fait tant, qu’il attrape un souris gracieux.
« Mauvais commencement ! se dit-il en soi-même.
Eh bien ! poursuivit-il, quand d’un amour extrême
On vous aime,
A-t-on raison ? Je m’en rapporte à vous ;
Peut-on résister ;à ces charmes ?
On fait bien ; car comment ne pas devenir fous,
Quand vos coeurs ont affaire à de si fortes armes ?
Sans mentir, messieurs les amants,
Vous me semblez divertissants :
J’aurois regret qu’on vous fît taire.
Mais savez-vous que. votre encens
Peut, à la longue, nous déplaire ?
Et pouvons-nous autrement faire ?
Tenez, voyez encor ces traits ?
Je les vois, je les considère.
Je sais quels ils sont... Mais après ?
Après ? L’après est bon ! Faut-il toujours vous dire,
Qu’on brûle, qu’on languit, qu’on meurt sous votre empire ?
Mon Dieu ! non ! je le sais… Mais après !
Il suffit,
Et quand on est mort, c’est tout dit.
Vous n’êtes pas si mort que vos yeux ne remuent.
Contenez-les, de grâce ; ou bien, s’ils continuent,
Je mettrai mon touret de nez.
Votre touret de nez ? Gardez-vous de le faire.
Cessez donc, et vous contenez.
Quoi ! défendre les yeux ! C’est être trop sévère
Passe encor pour les mains.
Ah ! pour les mains, je croi
Que vous riez ?
Point trop.
C’est donc à moi
De me garder.
Ma passion commence
À se lasser de la longueur du temps.
Si mon calcul est bon, voici tantôt deux ans
Que je vous sers sans récompense.
Quelle vous la faut-il !
Tout, sans rien excepter.
Un remercîment donc ne peut vous contenter ?
Des remercîments ? Bagatelles !
De l’amitié ?
Point de nouvelles.
De l’amour ?
Bon, cela. Mais je veux du plus fin,
Qui me laisse, avancer chemin,
En moins de deux ou trois visites,
Moyennant quoi nous serons quittes.
Et si vous voulez mettre à prix cet amour-là,
Je vous en donnerai tout ce qui vous plaira :
Cette boîte de filigrane….
Le libéral amant qu’est Éraste ! Voyez !
Madame, avant qu’on la condamne,
Il faut l’ouvrir. Peut-être vous croyez
Qu’elle est vide ?
Non pas. Ce sont des pierreries ?
Ouvrez ; vous le verrez.
Trêve de railleries.
Moi ! me railler ! Ouvrez !
Et quand je l’aurois fait ?
Je ne sais qui me tient qu’avec un bon soufflet…
Mais non Si jamais plus cette insolence extrême…,
Je vois bien ce que c’est ; il faut l’ouvrir moi-même.
Disant ces mots, il l’ouvre, et, sans autre façon,
Il tire de la boite, et d’entre du coton,
De ces appeaux à prendre belles,
Assez pour fléchir six cruelles,
Assez pour créer six cocus :
Un collier de vingt mille écus.
Caliste n’étoit pas tellement en colère,
Qu’elle ne regardât ce don du. coin de l’oeil.
Sa vertu, sa foi, son orgueil,
Eurent peine à tenir contre un tel adversaire ;
Mais il ne falloit pas sitôt changer de ton,
Éraste, à qui Nérie avoit fait la leçon