La cour des miracles

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Eh bien ! vous ne le croiriez pas ?

Les choses sont pourtant certaines

Ce ne sont pas tant les soldats

Qui volent que les capitaines !

Oui, tous ces brillants officiers,

Ces hobereaux, ces gentillâtres,

Si hautains qu'ils en sont grossiers

Dans leurs salons et leurs théâtres ;

Tous ces nobles à parchemin,

Qui passent dans le paysage,

Le nez en l'air, et de la main

Frappent leurs soldats au visage ;

Tous ces magnifiques seigneurs,

Exempts de peur et de reproches,

Couverts de grades et d'honneurs,

Garnissent volontiers leurs poches !

Ils prennent, d'un soin diligent,

(C'est la consigne universelle),

Les montres, les bijoux, l'argent…

Ils daignent casser la vaisselle.

Les propriétaires jaloux

Peuvent se plaindre ; on les assomme

Bref, une guerre de filous !…

N'est-ce pas que c'est gentilhomme ?

Transformer en gage d'amour

Un cachemire qu'on dérobe ;

Pour les tendresses du retour,

Emballer notre garde-robe !

Et, plus tard, quels étonnements,

Quand nos belles patriciennes

Reconnaîtront leurs diamants

Au cou des baronnes prussiennes !…

Cela sert d'exemple au vilain,

Pour qui les grands sont des oracles. –

On disait : la cour de Berlin' ;

On dira : la cour des miracles !