La Croupe

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Si les femmes, êtres vainqueurs,

N'avaient rien de faux que leurs cœurs,

Nous ririons ; mais voyez ces groupes

De fausse croupes !

Jadis elles n'ont fait qu'ombrer

La jupe ; on les voit encombrer

Maintenant de leur masse accrue

Toute la rue.

Souvent ces fausses croupes m'ont

Troublé ; la moindre a l'air d'un mont

Et, lorsque nous marchons, elle entre

Dans notre ventre.

Les femmes, au bas de leur dos,

Sans effort portent ces fardeaux,

Qui, s'élançant de leur échine,

Vont jusqu'en Chine.

Que recouvrent ces plis bouffants,

Aussi gros que des éléphants ?

Rien, peut-être, à petite dose,

Ou peu de chose.

Un Tiens, Ninettes et Lauras,

Vaut bien mieux que deux Tu l'auras.

Ce bloc ne disant rien qui vaille,

L'esprit travaille.

Laissant derrière elle un sillon,

Ainsi qu'un vol de papillon,

Cette mouvante fausse croupe

Semble une poupe.

Quand je la vois, se soulevant

Avec orgueil, je crains souvent

Qu'elle ne cache, feinte amère !

Une chimère.

Mais nous pouvons, rêveurs déçus,

Poser quelques objets dessus,

Ainsi que sur une console.

Cela console.

Ah ! parfois, en avons-nous ri !

L'homme des classiques nourri,

Quand cette croupe se recourbe,

Songe à la fourbe

De ce monstre fait à plaisir

Dans un récit, que le désir

De ne jamais se taire amène

Chez Théramène !