La curée

By Jacques Normand

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

HALLALI ! la bête est à terre !

Allons, vautours, accourez tous !

Paris roule dans la poussière :

Sur cette ville altière

Ruez-vous !

A la curée. — Allons ! qu'on profite de l’heure !

Qui vous dit que demain vous y serez aussi ?

Vous vouliez de l'argent et du vin : en voici !

Qu'on mange, que l’on boive, et que l’on pille ; et meure

Celui qui n’a pas soif aussi !

A la curée ! — Allons ! assez de tyrannie !

Jetez-vous sur le riche et sucez-lui le sang !

L’or qu’on doit au travail est trop avilissant !

C’est votre tour enfin de connaître la vie :

Prenez le bonheur en passant !

Hallali ! la bête est a terre !

Allons, vautours, accourez tous !

Paris roule dans la poussière :

Sur cette ville altière

Ruez-vous !

Le Prussien a rendu votre victoire aisée :

La France saigne et meurt des coups qu'elle a reçus :

Allez ! — élargissez sa blessure encor plus,

Frappez à poings fermés sur sa face brisée,

Mordez ses muscles détendus !

En ruinant Paris, vous ruinez la France !

Ce Paris orgueilleux où d’autres ont joui,

Ce Paris tout entier est à vous aujourd’hui !

Vengez-vous maintenant de vos jours de souffrance !

Riez où vous avez gémi !

Hallali ! la bête est à terre !

Allons, vautours, accourez tous !

Paris roule dans la poussière :

Sur cette ville altière

Ruez-vous !

Le nom importe peu, Commune ou République

Ce que vous voulez, vous qui prétendez souffrir,

C'est être les plus forts, c’est l'or, c‘est le plaisir ;

C’est commander toujours sans refus, sans réplique ;

C'est régner et surtout jouir.

Or, voici les jours gras : vengez-vous du carême !

Reprenez aujourd’hui tout ce qu’on vous a pris.

Tyrans, souvenez-vous que vous fûtes proscrits ;

Bêtes, donnez au corps tout ce que le corps aime :

Jouissez ! vous avez Paris !