La déclaration militaire

By Auteur inconnu

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Puisque vous m'avez dit souvent

Que vous n'aimez pas la morale.

On m'a fait un conte plaisant.

Il faut que je vous en régale :

Un Mousquetaire soupiroit

Pour Fatime, beauté sévère ;

Quel est celui qui me diroit

Comment soupire un Mousquetaire ?

Depuis si longtemps un bruit court

Que, dans le délai le plus court,

Ces Messieurs font toujours l'affaire !

Le pourquoi n'est plus un mystère ;

Mars qui s'entend avec l'Amour

Est exempt du préliminaire.

Mon Héros, qu'on nommoit Valcour,

Et qui certe auroit eu vergogne

D'en être à son troisième jour

Sans finir la douce besogne,

Pour la finir n'épargna rien ;

Si, qu'à son deuxième entretien,

Bien résolu de passer outre,

Il s'écria : « Je voudrois bien,

« Madame, vous… ‒ Quoi donc ? ‒ Vous foutre. »

Foutre est un mot très indécent ;

Fatime se mit en colère,

Et dit : ‒ « Monsieur le Militaire,

» Vous êtes un impertinent.

» ‒ Un impertinent soit, ma chère ;

» J'en agis toujours rondement,

» Et ne réponds au compliment

» Que par trois mots : laissez-moi faire. »

Entre ses bras il vous la prend.

On devine que la Commère

Se débat, ou bien fait semblant :

Plus elle feint, plus il la serre.

Bref, il la pousse vivement.

Elle, tout en se débattant,

De tomber dans une bergère ;

Lui d'avoir, en moins d'un instant

Fait quatre ou cinq tours à Cythère.

Mademoiselle, en se pâmant,

De lui demander doucement

S'il peut encore en faire autant ?

Et Monsieur, toujours plus galant,

De ne pas rester en arrière.

Mon Lecteur, qui sait que souvent

Le plus vigoureux assaillant

Après trois exploits tombe à terre,

Ne doit pas trouver surprenant

Qu'ayant fait six fois la carrière,

Sans prendre haleine seulement,

Mon coquin, d'un air triomphant,

Enflé de sa valeur guerrière,

Dit à Fatime en la quittant :

‒ « Pour foutre, vive un Mousquetaire ! »

Ni que Fatime souriant

Prenne le parti de se taire ;

Car un Auteur qui n'est pas sot,

Sur foutre a donné cette glose :

Les Dames pardonnent le mot

A celui qui fait bien la chose.