La défense bien observée
Written 1883-01-01 - 1883-01-01
« Quoi ! maman me laisse seulette ?
» Pour moi j'en suis presque en courroux ;
» Il semble qu'exprès avec vous
» Je voulois rester tête à tête ;
» Mais non, Monsieur, n'en croyez rien ;
» Vraiment je vous le défends bien.
» Pour favoriser le mystère,
» Ma porte est fermée aux verroux ;
» Ici, sans crainte des jaloux,
» On pourroit jouir et se taire ;
» Mais non, Monsieur, n'en faites rien ;
» Vraiment je vous le défends bien.
» Prêt à rire de ma colère,
» Peut-être que mon négligé,
» Mon mouchoir un peu dérangé,
» Vont vous rendre trop téméraire ;
» Mais non, Monsieur, qu'il n'en soit rien ;
» Vraiment je vous le défends bien.
» Dans vos yeux je lis votre audace,
» Vos regards dévorent mon sein ;
» Vous allez y porter la main,
» Votre bouche en prendra la place ;
» Mais non, Monsieur, n'en faites rien ;
» Vraiment je vous le défends bien.
» Mais que vois-je ? ma jarretière
» Se défait et tombe à mes pieds ;
» Souffrir que vous la rattachiez !
» Oh ! pour cela je suis trop fière !
» Non, non, Monsieur, n'en faites rien ;
» Vraiment je vous le défends bien. »
Comprenant enfin la défense,
Par degré Damon s'enhardit,
A la belle il désobéit,
Pour prouver son obéissance.
Jusques au bout il fit si bien,
Qu'on ne lui défendit plus rien.