La Détresse des Dévas

By Catulle Mendès

Written 1866-01-01 - 1866-01-01

Qui donc vaincra le noir Nuage, et d'une main

Qui s'ouvre à coups de foudre un flamboyant chemin,

Ira saisir au cœur des ténèbres profondes

Les receleurs du jour adorable et des ondes,

Comment passeur prend des renards dans leurs terriers,

Sinon Indra, le plus illustre des guerriers

Qui monte sur les chars de bataille ? Mais l'ombre

Est vaste. Dans lequel des abimes sans nombre

Descendre ? Le Berger du ciel ignore encor

Où languit le troupeau rosâtre, aux cornes d'or,

Et, mordant de dépit sa barbe fauve et bleue,

Il hésite.

Non loin gît la Chienne sa queue

Est inerte ; l'ennui voile son œil ardent,

Indra dit « Dans le gouffre obscur de l'occident,

Ne vois-tu rien, ô toi qui découvres les pistes ? »

Elle dit « Rien » La Chienne et le Berger sont tristes.

Près d'eux, les trente-trois Dévas, fronts anxieux,

Déplorent la splendeur déchue hélas des cieux

Où ne ruisselle plus le lait des vaches roses.

Twactri, l'aïeul clément, qui rend la forme aux choses ;

Agni, fils de la force et seigneur des tribus,

Dont la langue palpite autour des vases bus

Et claque, rouge, au vent, comme une banderole

La Libation sainte et la sainte Parole

Çoma, Hotra, Brahman et les Mortiers divins

Le couple étincelant de givre, les Açvins

Qui frappent l'ennemi tel que deux lourdes pierres

Ourvaçi, qui rouvrait à l'aube ses paupières

Et maintenant s'éteint comme un lotus flétri ;

Les trois Charrons issus d'Angira, Çavitri

Qu'emporte le galop bruyant des sept cavales ;

Les Ritous qui, marchant à d'égaux intervalles,

Scandent le temps hâtif de leurs pas régulier,

Interrogent, courbés et mornes, le Bélier

Du Sacrifice, au fond de ciel crépusculaire ;

Et sans trêve, les poings crispés par la colère,

Roudra hurle, fouillant l'ombre, et de toutes parts

L'ombre geint sous le fouet des Maroutes épars,

Tandis que Varouna, roi des nocturnes heures,

Et Mithra, qui se plaît dans les claires demeures,

D'un vol commun, tant l'ordre éternel est détruit,

Mêlant au jour serein la détestable nuit,

Semblent un grand oiseau lourd d'horreur et de gloire

Dont une aile serait d'azur et l'autre noire !