La double Vénus
By Gaston Heux
Written 1924-01-01 - 1924-01-01
Déesse plutôt que bacchante,
Traverse en riant mes aveux !
Ta beauté vierge et provocante
Prend le soleil dans tes cheveux
Gloire à toi, merveille lointaine
Qui te cambres dans la clarté,
En évoquant, douce et hautaine,
La chaste enfance d'Astarté !
Mon amour, cette mer sonore,
Sait t'exalter comme il te sied…
L'extase de ses flots honore
La splendeur ferme de ton pied.
Saluée Anadyomène,
La gorge en fleurs de deux boutons,
Est-ce Vénus que nous ramène
Le char de nacre des Tritons ?
L'Aphrodite, c'est toi sans doute
Quand sur toi déferle la mer,
On devine à travers les gouttes
Les transparences de ta chair.
Tes poses ne sont point que tiennes,
Tout chez toi trahit la Cypris
Qui, sous ses paupières païennes,
Endort les aubes de jadis !
Quelle grotte t'a vue éclore ?
Où ton calice s'ouvrit-il,
O fleur marine d'une flore
Vivant sous l'onde son avril ?
Quelle nymphe a vu la première
Fuir, pour se poser au hasard,
Sous tes cils souples la lumière
Enfantine de ton regard ?
Te frôlant aux crêtes des vagues,
L'écume aux candides fraîcheurs
Éternise en murmures vagues
Le baiser de vos deux blancheurs
!Dans ces grêles conques marines
Entends, alors que rit dans l'air
Le rythme argentin des clarines
Au col des troupeaux de la mer,
Entends comme au fond de leur nacre
Chantent sans cesse des rumeurs…
C'est l'aveu des flots qui te sacre
Reine des ondes et des cœurs !…