La fausse Dépêche

By Théodore Banville

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Sachant qu'il nous reste du pain…

Et des confitures de pêche,

Le Prussien, passé Scapin,

Nous bâcle une fausse dépêche ;

Puis on nous l'envoie — on se sent

Ravi de ces ruses de guerre

Par un pigeon bien innocent

Qu'il nous a pris sur le Daguerre,

Et la signe : Lavertujon !

Mais Paris s'en frotte la panse :

En vérité, le plus pigeon

Des trois n'est pas celui qu'on pense.

La farce dont on crut subtil

De charger la pauvre colombe,

Était cousue avec un fil

Blanc comme la neige qui tombe.

Ah ! ce conte du pigeonneau

D'une franche gaîté ruisselle !

Attila devient Calino !

Cyrus pille Cadet-Rousselle !

Donc, aigle prussien, après

Avoir volé, farouche et sombre,

Sur tant de morts, que les cyprès

Ne couvriront pas de leur ombre ;

Après avoir, cruel et sec,

Ouvert tant de blessures noires,

Et si longtemps rougi ton bec

Dans le charnier de tes victoires ;

Las enfin d'avoir triomphé,

Devant l'Europe spectatrice

Tu reviens te montrer, coiffé

De la perruque de Jocrisse !