La Femme stérile

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

Ses jupons troussés court comme sa devantière,

Sous ses gros bas bleus bien tirés

Laissant voir ses mollets cambrés

À mi-chemin des jarretières,

S'en vient près du vieux cantonnier

La femme rousse du meunier :

Cheveux frisés sur des yeux mièvres,

Blanche de peau, rouge de lèvres,

Le corsage si bien rempli

Qu'il bombe aux deux endroits, sans pli,

Cotillon clair moulant énormes

Le callipyge de ses formes.

Voilà ce qu'elle dit alors au père Pierre

En train de casser de la pierre :

« Voyez ! si l'on n'a pas d'malheur,

Et si n'faut pas que l'diab' s'en mêle !

J'suis pourtant un' solid' femelle,

En plein' force et dans tout' sa fleur,

Eh ben ! yaura six ans à Pâques

Que j'somm' mariés, et q'tels qu'avant,

Nous pouvons pas avoir d'enfant !

Ça s'ra pour c'te fois, disait Jacques,

Mais toujou sans p'tit l'temps passa…

Et qu'on en voudrait tant un ! Dame !

C'est pas d'not' faut' ! l'homme et la femme

On fait ben tout c'qui faut pour ça.

J'ai fait dir' des mess' de pèl'rins,

Brûler des cierg' aux saints, aux saintes,

Dans des églis' en souterrains,

Mais ouah ! j'suis pas d'venue enceinte.

Les prièr' ? les r'mèd' de tout' sorte ?

Méd'cins ? Curés ? n'm'ont servi d'rin.

J'suis tell' comme un mauvais terrain

Qu'on ens'menc' ben sans qu'i' rapporte.

Et vrai ! C'est pourtant pas qu'on triche !

Mais, des fois, vous q'êt's' un ancien.

Si vous connaissiez un moyen ?

Faut me l'donner ! mon pèr' Pierriche. »

Alors, le vieux lâchant sa masse,

À genoux sur son tas, voûté,

Lui répond avec la grimace

Du satyre qu'il est resté,

La couvant de son œil vert brun

Qui lèche, tâte, enlace, vrille :

« Sais-tu c'que t'as à fair', ma fille ?

Eh ben ! faut aller à l'emprunt. »

Et la meunière aux yeux follets,

Qui sait ce que parler veut dire,

S'écrie en éclatant de rire :

« Vous seriez l'prêteur, si j'voulais.

Hein ? fiez-vous donc à c'bon apôtre !

Mais j'veux pas d'vous, vieux scélérat ! »

Et lui : « T'as ma r'cett' qui pourra

P't'êt' ben t'servir avec un autre. »