La fiancée du marin

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Tristesse amère

Ne peut crier ;

Pourtant, ma mère,

Je veux prier.

Là-haut peut-être

On m’entendra.

Qui m’a fait naître

Me soutiendra.

Jame qui m’aime

Va me quitter ;

Cette nuit même

Doit l’emporter.

Le temps est sombre,

Et sur les flots

Voyez-vous l’ombre,

Des matelots ?

Dans leur nacelle

Il s’engagea ;

C’est encor elle

Qui naufragea !

On tend la voile ;

Ô désespoir !

Pas une étoile

Pour l’entrevoir.

À la chapelle,

Avant le jour,

Un vœu m’appelle,

Un vœu d’amour.

Il doit m’attendre ;

J’y porte encor

Un baiser tendre,

Un anneau d’or.

Don de mon père,

C’est le dernier :

Qu’il soit prospère

Au marinier !

C’est le symbole

De mon lien ;

Pour mon idole

Je n’ai plus rien.

Mais j’entends Jame

Qui crie : « Adieu ! »

Et ma pauvre âme

S’en va vers Dieu !