La fiancée polonaise

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

« Ouvrez ! » — Qui frappe à l’heure

Où l’homme dort souvent ?

Est-ce un blessé qui pleure

De revenir vivant ?

— « Ouvrez ! je vous en prie ;

De mon lointain hameau,

J’apporte à la patrie

Ce que j’ai de plus beau.

« Des anges sentinelles,

Envolés sans remords,

J’ai vu les blanches ailes

Envelopper vos morts !

Regardez ! Nulles toiles

Ne doublent leurs cercueils ;

Pitié, jette tes voiles !

Ils n’ont pas de linceuls ! »

Et la femme au front d’ange,

Aux yeux tristes sans pleurs,

De la terre où tout change

Essayant les douleurs,

Au nom du Dieu qui donne,

Sur de chastes autels

Apporte une humble aumône

À ses frères mortels !

« Je suis… je fus promise

À qui défend vos dieux ;

Mais la noce est remise :

On se retrouve aux cieux !

Cet anneau qui me lie

Entraînera mon cœur :

C’est le don de ma vie !…

Qu’il vous porte bonheur. »

Et, comme la colombe

Vient d’un autre séjour,

Jeter sur une tombe

Quelque secret d’amour,

Fidèle à son épreuve,

Sur un drapeau sanglant

La jeune vierge veuve

Posa l’anneau tremblant.

Ces dons que le cœur sème

Aux blessés du chemin,

Dieu les voit, Dieu les aime,

Dieu les pèse en sa main ;

Et de vieux prêtres d’armes,

En baisant l’anneau d’or,

L’enrichirent de larmes :

Rois, craignez ce trésor !