La fin de guillaume

By Albert Delpit

Written 1870-01-01 - 1870-01-01

J'entends dire : Il faudrait qu'il fût tué !…

Non pas !

Il no doit pas mourir de la mort des soldats !

Quoi ! ce bandit royal qui porte sur la face

Le sceau dont l'a marqué la haine d'une race,

Cet homme que bientôt l'histoire aura jeté

A l'exécration de la postérité,

Cet homme, plus maudit que Néron et Tibère,

Mourrait comme un soldat en jetant son tonnerre !

Allons donc !

Il mourra simplement dans son lit !

Mais à l'heure suprême où l'éternité luit,

En pensant aux héros que son orgueil égorge,

Il sentira leur sang lui monter à la gorge !

Oh ! la page où Tacite imprimera son nom

Il ne restera rien de ses coups de canon,

Rien des crimes sans fin qu'il commet à toute heure,

Car le meurtre s'en va, si la honte demeure !

Il dira ce qu'il fit et ce qu'il a voulu ;

Le pillage qu'il a froidement résolu ;

Le sang qui coule à flots comme un océan rouge ;

L'espion qu'il a fait soudoyer dans son bouge !

Il dira le mensonge à toute heure, en tout lieu,

De ce pasquin royal qui jongle avec son Dieu !

Il dira ce qu'a fait cet immonde hypocrite,

Qui fait jouer Achille à l'âme de Thersite !

Dormez ! dormez en paix, ombres de nos soldats !

A côté de Brutus et de Léonidas,

A côté des héros, des saints et des génies,

L'histoire a le feuillet où sont ses Gémonies ;

Sa place est là marquée à côté des tyrans

Et de ces grands bouchers qui jouent aux conquérants !