La fleur rouge

By Louis Bouilhet

Written 1869-01-01 - 1869-01-01

À moi seul !… pour moi seul !… oh ! Toute ma pensée

Fixe, ardente et jalouse, allait, en frémissant,

Vers cette fleur de pourpre, à ta gorge placée

Comme une goutte de ton sang ;

Chaude émanation, larme rouge, venue

Des sources de ce coeur où tu m'as fait puiser,

Et que j'aurais voulu, sur ta poitrine nue,

Boire, à genoux, dans un baiser !

Ta robe, autour de toi, flottait comme un nuage ;

Tes cheveux déroulés m'embaumaient en passant ;

Mais je suivais toujours, sur les bords du corsage,

L'étoile au disque rougissant.

À moi seul !… pour moi seul !… j'ai la fleur, ô folie !

Ô rêve !… humide encor des tiédeurs de ta peau ;

Et cette fleur n'est pas de celles qu'on oublie,

Ou qu'on attache à son chapeau !

Au plus suave endroit de mon plus cher poëte,

Demain, dans quelque beau volume à tranche d'or,

Grave, religieux, et découvrant ma tête,

J'ensevelirai mon trésor ;

Afin que ‒ tous les deux ayant cessé de vivre ‒

Quelque couple, ici-bas, jeune et tendre, à son tour,

Devine notre histoire, en exhumant du livre

Le squelette de notre amour !