La fleur

By Charles Millevoye

Written 1801-01-01 - 1815-01-01

Fleur charmante et solitaire

Qui fus l'orgueil du vallon,

Tes débris jonchent la terre

Dispersés par l'aquilon.

La même faux nous moissonne ;

Nous cédons au même dieu ;

Une feuille t'abandonne,

Un plaisir nous dit adieu.

Hier, la bergère encore,

Te voyant sur son chemin,

Disait : « Fille de l'Aurore,

Tu m'embelliras demain. »

Mais sur ta tige légère

Tu t'abaissas lentement ;

Et l'ami de la bergère

Vint te chercher vainement.

Il s'en retourne et soupire :

« Console-toi, beau pasteur !

Ton amante encor respire,

Tu n'as perdu que la fleur.

« Hélas ! et ma jeune amie

Ainsi que l'ombre a passé ;

Et le bonheur de ma vie

N'est plus qu'un rêve effacé.

» Elle était aimable et belle,

Son pur éclat s'est flétri,

Et trois fois l'herbe nouvelle

Sur sa tombe a refleuri. »

A ces mots sous la ramée

Je suis ma route, et j'entends

La voix de ma bien-aimée

Me redire : « Je t'attends. »